Des animaux de bonne compagnie

(Recherche éditeur pour publier ce projet quand la série aura abouti)

Les animaux de compagnie sont présents dans de nombreux foyers français. D’après la dernière enquête FACCO/TNS SOFRES de 20161, près d’un foyer sur deux possède au moins un animal de compagnie. Ce phénomène dépasse les classes sociales et les âges, du Président de la République au sans-abri au coin de la rue.

Cette pratique ancestrale a évolué depuis plusieurs années pour intégrer des espèces plus atypiques et exotiques qui jusque-là ne rentraient pas dans la liste de ces compagnons domestiqués. Les animaux à poils côtoient désormais ceux à plumes, à écailles ou à cuticules. Les vétérinaires rencontrent ainsi de plus en plus de Nouveaux Animaux de Compagnie (NAC) lors de leurs consultations (rats, hamsters, serpents, geckos, perruches, tortues, chinchillas, etc.).

1 Consulté le 05 juin 2019 : https://www.facco.fr/les-chiffres/

Face à ces évolutions, le marché des animaux de compagnie s’est étendu et diversifié. Sont ainsi apparues de nouvelles offres : toilettage, service de garde, alimentation spécialisée pour chaque espèce, assurances, pompes funèbres, aides comportementales et psychologiques, etc.

Plonger dans le monde des animaux de compagnie c’est découvrir une multitude d’univers. Chaque espèce a ses groupes de passionnés et de curieux qui partagent leur amour pour leur protégé et échangent des conseils. Certains ont créé un compte Instagram, Facebook ou encore un blog honorant leur animal. Certains possédant des animaux racés participent à des concours et des salons valorisant des critères esthétiques spécifiques et une sélection génétique maitrisée. D’autres sont engagés dans la protection animale et prennent part à ce qu’on appelle dans le milieu des sauvetages. La plupart partagent simplement leur vie avec leur animal et veillent, avec plus ou moins de facilité, à leur bien-être, certaines espèces requérant des soins particuliers.

Comment se passe la cohabitation entre l’homme et son animal de compagnie ? Celle-ci change-t-elle leur rapport avec les animaux? Quelle place occupe ce dernier au sein du foyer ? Quelles contraintes et quels intérêts tirent le maître et l’animal de cette relation ? Pourquoi avoir privilégié tel espèce plutôt qu’une autre ?

Cette série photographique propose de dévoiler le monde foisonnant des animaux de compagnie en documentant la place qu’occupent ces derniers dans les foyers français. L’objectif est de donner à voir la grande variété des espèces présentes (chiens, chats, lapins, furets, poissons d’ornement, oiseaux, serpents, phasmes, cochons, tortues, lézards, etc.), de questionner les relations entre les maîtres et leurs animaux et de sensibiliser sur les besoins des différentes espèces. Ce travail à caractère documentaire tente ainsi de décrypter sur cette passion française.

Cloé est étudiante en école vétérinaire. Elle habite dans une chambre d’étudiante de dix-huit mètres carrés environ et voulait un animal qu’elle puisse accueillir dans de bonnes conditions. « Le gecko léopard est une espèce idéale pour les étudiants : ça ne prend pas trop de place, ça ne demande pas trop de soins et la présence olfactive reste modérée en comparaison d’autres espèces ». Elle a découvert ce reptile et a appris les bases pour prendre soin de celui-ci au club d’aquariophilie et de terrariophilie de son école. Elle a investi deux-cent cinquante euros dans l’achat d’un terrarium où elle a aménagé un point froid (autour de 26°c) et un point chaud (autour de 32°c) à l’aide d’un tapis chauffant. Elle a aussi installé un bac à mu. C’est un espace avec un taux d’hygrométrie plus élevé. Elle a découpé une boite de glace et met dedans du sopalin qu’elle humidifie et change régulièrement. Elle aime observer Loki, qui selon elle est très social et curieux. Afin de le nourrir, elle s’est aussi lancé dans l’élevage de grillons et s’est pris d’affection dans l’observation de ces insectes.

 

Le gecko léopard est un animal nocturne et grégaire, autrement dit, vivant en colonie à l’état sauvage. C’est le plus populaire des geckos adopté en tant qu’animal de compagnie. Tout comme les lézards, ils peuvent abandonner leur queue (c’est ce qu’on appelle l’autotomie). L’objectif de cette opération est de détourner l’attention du prédateur ou de se libérer de son emprise. C’est dans la queue que ces geckos font leur réserve de graisse. En captivité, l’obésité est un problème fréquent chez cette espèce.

 

Mélanie, est passionnée de culture nipponne et a, assez logiquement, adopté Kuma, un akita dont la race est d’origine japonaise. Elle tient cependant à préciser que c’est un chien indépendant, à fort caractère, dominant avec ses congénères et dont l’éducation peut-être délicate. Timide de nature, Kuma l'aide à s'ouvrir au monde, les promenades avec son chien amenant facilement les personnes à échanger avec elle.

L'akita est une race de chien originaire du Japon. Le plus connu d’entre eux, Hachikō, a une statue érigée à la gare de Shibuya à Tōkyo. Hachikō avait pris l’habitude d'y retrouver son maître Ueno Hidesaburō tous les soirs, à son retour du bureau. En 1925, son maître meurt au travail. Mais pendant près de dix ans, jusqu’à son décès, Hachikō continue de se rendre tous les jours à la gare pour attendre le retour de son maître. Surnommé Chūken (chien fidèle) cette histoire, retranscrite par deux fois au cinéma, a contribué au regain d’intérêt pour cette race.

Julien, alias Jys, pose dans son salon de tatouage à Nantes avec son serpent des Blés, Midas. C’est un passionné d’animaux. Nous avons dû reporter la séance photo car le serpent muait. Ils sont très sensibles pendant cette période et il faut éviter de les manipuler. Posséder un animal de compagnie contribue ainsi à une meilleure connaissance de la nature et du monde animal.

 

 

Le serpent des blés (Pantherophis guttatus) est une espèce endémique des États-Unis, c’est-à-dire principalement présent dans cette aire géographique. Sa docilité, sa faible agressivité, ses couleurs, son élevage relativement aisé a contribué à populariser sa captivité.

 

Depuis l’enfance Martin est passionné par de nature avec une attirance particulière pour les reptiles et les insectes. A cinq ans, un oncle lui a offert ses premiers phasmes. Aujourd’hui, il continue d’en élever notamment des diapherodes gigantea et a aménagé plusieurs terrariums qui tapissent sa chambre d’étudiant de 20 mètres carrés. Le plus grand, une armoire de deux mètres de haut grillagée, accueille Darwin, un caméléon panthère (Furcifer pardalis) Ambilobe. Les plus petits accueillent plusieurs espèces d’insectes notamment des grillons domestiques, des blattes dubia et souffleuses d’Afrique ainsi que des chenilles de bombyx eri et offre une nourriture variée à Darwin, ce dernier étant insectivore. Maîtriser l’ensemble de la chaine alimentaire et assurer la qualité nutritionnelle de l’alimentation de son caméléon est très importante pour Martin. L’aménagement d’espace de vie avec des plantes naturelles qu’il apprend à soigner et à bouturer complète cette passion. Il nourrit ainsi, au moins partiellement, sa fascination pour les milieux tropicaux et son amour pour les sciences.

Les caméléons sont des animaux particulièrement fragiles et la plupart des espèces sont menacés et sous statut de protection. Seules deux espèces, le caméléon panthère (Furcifer pardalis) et le caméléon casqué (Chameleo calyptratus) ne nécessitent pas de certificat de capacité pour être acquis en France. Ils n’en demeurent pas moins des animaux fragiles nécessitant de connaître les besoins de chaque espèce pour les maintenir dans de bonnes conditions. Martin s’est accordé un an de recherches et a pris le temps de construire et de vérifier les bons ajustements des paramètres du terrarium avant d’adopter Darwin. Il a acheté une armoire d’occasion qu’il a grillagée, les terrariums vitrés n’étant pas recommandés. Les caméléons sont en effet des animaux territoriaux, généralement solitaires. Leur reflet dans la vitre peut les stresser. Certains peuvent aussi parader devant leur image jusqu’à épuisement. Il a aussi veillé à investir dans des lampes de bonnes qualités, une pour les UV ayant une température de couleur proche de la lumière du jour, entre 5000 kelvins et 6500 kelvins et une autre pour le point chaud permettant de proposer un bon gradient thermique. Il a aussi prévu un brumisateur permettant de garantir un taux d’hygrométrie adapté et a opté pour des plantes naturelles à la fois esthétiques et ayant l’avantage d’aider à réguler ce paramètre. Un goutte-à-goutte complète le tout et assure l’apport hydrique du caméléon, ce dernier léchant les feuilles pour boire. Il a aussi installé un parcours de cordes au plafond de sa chambre que parcourt Darwin avec curiosité. Enfin, il élève des insectes et en récolte en pleine nature à la belle saison en veillant à ne pas prélever les espèces en danger d’extinction pour le nourrir.

Marguerite est une tortue semi-aquatique. Elle semble reconnaître ses maîtres et se laisse facilement manipuler. Leïa et sa maman suivent les recommandations du vétérinaire et la nettoie régulièrement avec une brosse à dent, pour éviter l’accumulation de vases sur sa carapace et le développement de bactéries. Elle sort ainsi d’une séance de nettoyage.

Les tortues (testudines) encore dénommées chéloniens ont une morphologie surprenante avec leur carapace recouverte d’écailles, leur permettant de se protéger des prédateurs et de maintenir partiellement leur chaleur corporelle. Leurs pattes sont puissantes avec de bonnes griffes. La plus célèbre des tortues en France est celle de la fable de La Fontaine incarnant à la fois la lenteur et la persévérance. Chaque espèce a des besoins spécifiques. Marguerite est une semi-aquatique vivant par 26°c. Un chauffage a donc été installé dans son aquarium pour éviter qu’elle ne meure de froid, sa température variant en fonction de son environnement (animal ectotherme).

Adélaïde adore les reptiles. L’adoption d’un pogona comme animal de compagnie s’est popularisé depuis une dizaine d’année. Sa curiosité, son mode de vie diurne, son entretien relativement aisé et sa morphologie esthétique, ont amplement favorisé sa popularité. Adélaïde a découvert les pogonas avec un ami qui en possédait et a acquis cette fratrie il y a deux ans. Elle prend régulièrement Balou sur son épaule et se promène avec lui dans l’appartement. Elle leur a aménagé un terrarium avec un point chaud et un point froid et des lampes à UV, pour la vitamine D. Une de leur sœur, qu’elle avait adopté, a du être donnée, car la cohabitation était conflictuelle.

Les pogonas sont reconnaissables à leur collier de barbe d’écailles qui entoure leur tête. C’est pourquoi il est aussi appelé agame ou dragon barbu. Ces deux squamates sont issus de la même portée et âgés d’environ deux ans. Le petit a une anomalie génétique, c’est pourquoi il est dépourvu d’écailles. Il est particulièrement fragile. Il a perdu quelques bouts de doigts ayant gangréné pendant les périodes de mue. Pour l’aider à se défaire de son ancienne peau, Adélaïde lui fait prendre des bains d’eau tiède, mais cela reste une opération délicate.

Anaëlle voulait un animal aux poils soyeux et ayant une espérance de vie supérieure à trois ans. C’est en se basant sur ces critères qu’elle a adopté son premier chinchilla en 2009. Miel Pops est son troisième chinchilla. C’est très probablement le dernier qu’elle aura car, bien qu’adorant ces petits rongeurs, leur fragilité vis-à-vis des températures élevées la stresse et la contraigne trop. Cette espèce craint en effet la chaleur au-delà de 26°c. Bien qu’ayant installé une station météo lui permettant de suivre à distance, sur son téléphone, la température de la pièce de vie de son protégé et bien qu’ayant investi dans un climatiseur, lequel a augmenté sa facture d’électricité durant l’été de trente euros par mois en moyenne, elle s’inquiète dès que la belle saison arrive et évite de s’absenter plus de vingt-quatre heures.

Les chinchillas ont une fourrure particulièrement dense et soyeuse. Chaque follicule se compose d’un poil de garde, plus long et jouant un rôle de maintien, entouré d’une soixantaine de poils de bourre, plus fins, assurant une isolation thermique. Le chinchilla possède ainsi le poil le plus dense des espèces terrestres: 20 000 poils par cm². Cette caractéristique a suscité sa convoitise et a contribué à sa mise en péril à l’état sauvage. Il est aujourd’hui inscrit sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) en tant qu’espèce en danger. Afin de faciliter la production et la vente de fourrure, il est domestiqué depuis 1923 et est depuis plusieurs années vendu en tant que Nouvel Animal de Compagnie (NAC).

Parfois un animal peut amener à en adopter d’autres. C’est le cas de Chris qui s’est prise d’affection pour les canards coureurs indiens après en avoir adopté pour entrainer ses borders collies. C’est sa race de chien de cœur. Celle-ci ayant été sélectionnée pour aider les éleveurs à garder leurs troupeaux, elle a cherché une solution adaptée à son environnement péri-urbain pour comme elle le dit, permettre à ses chiens de travailler et répondre à leurs instincts. Des membres d'un groupe facebook passionnés de borders collies lui ont suggéré d'adopter des oies ou des canards coureurs indiens comme alternative aux animaux plus imposants. Elle a adopté ses trois premiers coureurs indiens en 2017. Les mâles ayant tendance à épuiser les femelles et ayant une seule femelle, elle a récupéré deux autres volatiles. Mais le sexage ayant été mal défini, elle se retrouve avec encore plus de mâles! La cane donne naissance à ses premiers canetons que Chris élève en couveuse. Puis elle s’intéresse à la génétique pour éviter les problèmes de consanguinité et échange des œufs et des canards avec d’autres passionnés. De fil en aiguille, elle agrandit sa petite colonie et se retrouve aujourd’hui avec plus d’une dizaine de coureurs indiens.

Un temps sélectionnés pour ses facultés de pontes, une cane pouvant pondre en moyenne deux cents œufs par an pesant environ soixante-cinq grammes chacun, les canards coureurs indiens avec leur gabarit élancé et fin et leur démarche verticale particulière sont aujourd’hui principalement adoptés comme animal dit d’ornement. Ils sont aussi appréciés des jardiniers, car ils adorent les limaces et les escargots.

Inoffensifs et prenant peu de place, les phasmes ont du succès en milieu scolaire où ils sont élevés afin d'éveiller la curiosité et d'initier les enfants aux notions d’évolution des espèces, au cycle de vie de l’insecte ou encore aux mimétisme. L'espèce Carausius morosus est celle que l'on retrouve le plus fréquemment dans les écoles. Orson et Adèle ont récupéré des phasmes bâton dans leur établissement et en élèvent depuis à la maison. Ils les nourrissent principalement avec du lierre, même si cette espèce peut potentiellement manger d’autres végétaux notamment des ronces.

Dans le monde, près de 3000 espèces de phasmes ont été répertoriées à ce jour. La majorité se situe dans la ceinture tropicale et équatorienne. Ils sont également présents, mais en moindre nombre, dans des régions plus sèches et froides comme en métropole, où on recense trois espèces à l’état sauvage : Bacillus rossius, Clonopsis gallica et Pijnackeria masettii anciennement Pijnackeria hispanica.

Les Carausius morosus élevés par Adèle et Orson est originaire d'Inde. L'introduction d'espèces éxotiques dans la nature n'est pas recommandé. Il y a en effet des risques de pollution génétique des espèces locales voire d'introduction de parasites ou de maladies.