Mon petit coin de terre

Alors que les questions environnementales sont devenues des enjeux cruciaux de société, l’agriculture urbaine suscite un intérêt croissant. Parmi les divers projets nés de ce concept, on trouve les jardins familiaux, héritiers des jardins ouvriers.

À Nantes, les habitants désireux de jardiner sont nombreux et doivent attendre plusieurs années avant d’accéder à un petit coin de terre alloué par la ville. Afin de documenter l’appropriation de ces terrains et de donner à voir la diversité des aménagements, des cultures et des usages qu’on y trouve, j’ai rencontré les usagers de cinq jardins familiaux nantais entre 2016 et 2018 : les Collines, les Chaupières, le Bois des Anses, la Terre Promise et le Croissant. Ces espaces sont à leur manière des territoires d’expérimentations agricoles. Les jardiniers s’échangent des graines, des plants et des conseils. Ils s’approprient, reproduisent, testent et réinterprètent différentes méthodes agricoles comme le paillage, la rotation des cultures, l’association de plantes, les cultures sur sol, en bac, sur butte, sous serre, à la verticale. On y trouve une grande richesse végétale avec, à côté des cultures plus classiques, des variétés anciennes et exotiques. Ainsi, certains tentent avec plus ou moins de succès la mise en culture de semences oubliées et/ou originaires de territoires lointains dont ils sont parfois originaires : pastèques d’Iran, choux verts portugais, figuier d’Algérie, piments, patates douces, gombos, bananes plantains, etc. Ces espaces de production alimentaire ont également des usages récréatifs plus ou moins marqués. Les préoccupations esthétiques et écologiques influencent la mise en paysage des jardins tout comme les aspects pratiques.

Chaque jardinier, souvent avec fierté, crée ainsi son petit coin de nature en ville, y consacrant beaucoup de temps et d’efforts. Chacun de ces micro-paysages laisse ainsi apparaître une part de la personnalité et des influences de son créateur.

L’appropriation de ces espaces privés domestiques reste cependant tempérée et encadrée par la ville qui reste propriétaire et impose une charte de « bonnes pratiques » : pas de friche, pas de monoculture, des allées désherbées, des cultures à majorité potagères et utilisant des techniques de jardinage dits au naturel. De même, alors qu’il y a encore quelques années la municipalité tolérait les réaménagements et la personnalisation des cabanons, elle limite grandement ces possibilités aujourd’hui. Les quelques cabanons plus atypiques que vous verrez dans cette série sont ainsi amenés à disparaître pour laisser, à terme, la place à des constructions standardisées recentrant leur usage au rangement des outils.

Cette série témoigne de ce patrimoine à la fois naturel et culturel,documente la richesse de la pratique du jardinage et met à l’honneur ces jardiniers